BIOGRAPHIE DE John DAVIES

 

avec une note bibliographique

 

par le R.P. Patrick O’REILLY

 

(Source : Tahitiens, O’Reilly Patrick, p. 110)

 

DAVIES, John (1772-1855). — Missionnaire de la London Missionary Society. Né à Pont-robert, Montgomeryshire (Angleterre) le 7 juillet 1772. Méthodiste calviniste, il devient un maître d’école dans le Pays de Galles. Elève du Rev. Thomas Charles, de Bala, celui-ci le recommande à son ami le Rev. Haweis, un des fondateurs de la Société Missionnaire de Londres, lorsqu’il cherche des recrues pour être envoyées en Océanie. Désigné pour les mers du Sud, quitte l’Angleterre le 5 mai 1800 par le Royal Admiral, et par Sydney gagne Tahiti où il arrive le 10 juillet 1801. Il devait demeurer plus d’un demi-siècle en service dans l’archipel. Il vivra d’abord à Tahiti où il compose en tahitien un alphabet-livre de lecture qui, imprimé à Londres en 1810, parvenu l’année suivante à Tahiti, reste le premier ouvrage paru dans une langue océanienne. Puis, il sera en poste à Huahine, 1808-1809 ; à Moorea, de 1811 à 1818 ; à Huahine de nouveau de 1818 à 1820. Il arrive dans cette dernière île avec les missionnaires Barff, Orsmond, et Ellis en pionnier, sur la demande du roi Mahine, et il a la joie, le 7 mai 1820, d’y présider le premier service de communion, ce qui lui fut une singulière consolation spirituelle (Ellis, Polynesian researches, III, p. 62-63). En 1820, il s’installera à Papara, où il demeurera le reste de sa vie. Davies prit peu de part à l’administration de la mission et ne s’occupa absolument pas de questions commerciales pour son propre compte. Avec Henry, Orsmond et Nott, il fit partie de l’état-major intellectuel de la mission, comme linguiste, traducteur de la Bible et historien. Il sera longtemps secrétaire de la Société Missionnaire locale et son bibliothécaire, ayant ainsi la possibilité de prendre connaissance de toute la correspondance parvenant aux missionnaires ou partant des îles, vers l’Angleterre.

Avec ses souvenirs personnels, et grâce aux documents qui lui étaient ainsi passés par les mains, Davies rédigea, entre 1828 et 1831, un travail intitulé A History of the Tahitian Mission. En vingt deux chapitres, il y traite de l’histoire religieuse de Tahiti et des archipels voisins, Fidji, îles Cook, et Tonga, depuis les premiers contacts européens et missionnaires jusqu’en 1831. A Londres, les directeurs de la Société Missionnaire encourageaient la rédaction de cette histoire, mais se montraient désireux d’en “ revoir le texte ” avant sa publication. Devant ces prétentions, Davies abandonnera son projet, malgré les encouragements de son confrère Ellis, qui aurait désiré en voir pousser la rédaction jusqu’en 1840. Il en reste un manuscrit de deux volumes, conservé aux archives de la L. M. S. et qui, demeuré inédit pendant un siècle, paraît, au moment où nous corrigeons les épreuves de ce travail, sous le titre The History of the Tahitian mission, avec une introduction et des notes de C. W. Newbury, publiée par la Hakluyt Society, dans la Second series, n° CXVI, issued for [1960].

Davies s’était fait, à Papara, une résidence agréable, avec un verger et quelques têtes de bétail. Mais il n’eut jamais une plantation. Il regretta évidemment l’arrivée des missionnaires catholiques et l’occupation française, mais ne se cantonna pas dans l’hostilité active et ne quittera pas Tahiti en 1842. Cette attitude modérée envers le “ papisme envahisseur ” le fera assez mal voir des dirigeants de Londres, qui considéreront également comme regrettable sa défense de son confrère Orsmond, qui, lui, avait lié des relations presque amicales avec les Français et avait même été jusqu’à accepter un traitement de leur administration. Bruat- écrit de lui : “ s’est toujours montré favorable au protectorat. Ses opinions ont été sur le point de lui faire perdre, comme à M. Orsmond, les appointements que la Société des Missions de Londres accorde à chacun de ses pasteurs. Il est d’un âge avancé et peut à peine officier ”. De fait sur la fin de sa vie, aveugle et infirme, Davies se faisait courageusement porter au temple de Papara, où un pasteur indigène avait été nommé. Il y présidait encore les services dominicaux, encourageant ses fidèles et les exhortant. Il mourut le 19 août 1855, à Papara, où W. W. Bolton retrouva sa tombe en 1937. Depuis son arrivée en 1801, il n’avait quitté les îles de la Société qu’une seule fois en 1809, faisant alors partie du groupe des sept missionnaires qui, jugeant ne plus pouvoir exercer en paix leur ministère par suite de la révolte des indigènes, quittèrent l’île sur le brick Hibernia, “ British subjects in distress ”, avec l’intention de devenir colons dans la Nouvelle-Galles du Sud. Reste absent du 26 octobre 1809 à septembre 1811, date de son retour à Moorea. C’est au cours de ce voyage qu’il se maria. Sa jeune femme, Mary, mourut d’ailleurs un an après son arrivée à Moorea le 4 septembre 1812. Elle y est enterrée. Davies épousera, en secondes noces, la veuve de son confrère Bicknell, une Anglaise née Mary Ann Bradley, décédée le 30 janvier 1826.

BIBLIOGRAPHIE. – Outre une petite notice en gallois : Rhys Lewis Griffiths, Y Bara Gwell John Davies, Tahiti 1772-1855 (London, 1955), on trouvera toute la documentation sur Davies rassemblée dans l’introduction et les notes de C. W. Newbury de son The history of the Tahitian mission, 1799-1830. – On trouvera sa correspondance imprimée dans l’Evangelical magazine et les Transactions of the London Missionary Society. Une partie de son journal de voyage sur l’Hibernia, 17 octobre 1809-19 février 1810, a été publiée dans les notes du Journal de William Lockerby, édité par Sir Everard im Thurn (London, Hakluyt Society, 1925, p. 119-160). On trouvera un journal de sa visite à Rapa en 1825, dans les Transactions of the Missionary Society (London, 1827, p. 323-332, 353-361). – Davies traduisit en tahitien Matthieu et Marc, dix épîtres de Paul, et les Psaumes. On trouvera la nomenclature de ces publications dans : G. L. Harding et B. Kroepelien, Tahitian imprints of the London Missionary Society (Oslo, 1950). On lui doit également la première grammaire tahitienne : Grammar of the Tahitian dialect of the Polynesian language (Tahiti, Mission Press, 1823, 43 p., 19 cm). En collaboration avec son confrère D. Darling, il publiait A Tahitian and English dictionary and a short grammar of the Tahitian dialect (Papeete, 1851, 314 p.). Les archives de la Société Missionnaire de Londres conservent les journaux des voyages missionnaires de Davies en différentes îles, ainsi qu’une importante correspondance en anglais avec les directeurs de la Société. La Bibliothèque Nationale du Pays de Galles possède une correspondance en gallois, adressée à des amis d’enfance. – Voir au sujet de J. Davies : Register of the Missionaries of the London Missionary Society, 1923, p. 5 et R. Lovett : The History of the L. M. S.,  1899, passim.